Comptoir des mines galerie
Soufiane Sbiti / LeDesk.ma / 23 février 2019

Le Comptoir des Mines Galerie en association avec la seconde édition de la Foire d’Art Contemporain Africain 1-54 propose dans ses différents espaces, un ensemble d’expositions et de projets artistiques qui abordent les champs poétiques de la « mélancolie » ou du spleen de l’artiste africain, à partir du Maroc…

Tout n’est pas beau. Très souvent, quand on parle du continent africain, et sur la base d’essentialisation, on présente l’Afrique comme lieu de joie de vivre, de jovialité et de plaisirs. Le côté spleenien est rapidement effacé, en raison de considérations présentées comme objectives. « Ne pas montrer le mauvais côté, ne parler que du bon, ça fait vendre », pourrait lancer n’importe quel publicitaire de la place. L’exotisme des lieux nous pousse à oublier qu’une terre est avant tout un terrain où se meuvent histoires personnelles et collectives.

L’exposition Poésies africaines, menée par Hicham Daoudi, est justement là pour faire entendre un autre son de cloche. Le continent africain n’est pas seulement un condensé de bonne humeur, il est aussi terre de souffrances et de douleurs. Entre les murs du Comptoir des mines de Marrakech où se tient l’exposition organisée en partenariat avec la seconde édition de la Foire d’Art contemporain Africain 1-54, on la sent cette mélancolie. Présente au dédale de chaque œuvre exposée, elle est justement là pour nous rappeler ce que nous refusons de voir, l’héritage peu reluisant du colonialisme ou des torts passés, afin de mieux s’en défaire.

Fait inédit, l’exposition permet aussi un dialogue intergénérationnel. À l’ancienne génération, représentée par des figures comme Mohammed Kacimi, on a trouvé pour compagnie la toute nouvelle, dont les fiers représentant peuvent tout aussi bien être Mustapha Akrim que Youness Atbane. Comme aux côtés des œuvres de Hassan Bourkia, on peut retrouver Simohammed Fettaka.

Ainsi, nombreux ont été sont ceux qui se sont pressés de découvrir ce nouveau regard sur nos anciennes souffrances. Pris au dépourvu, et alors que les visiteurs s’attendaient probablement à une envolée poétique, parsemée de béatitude, ils ont finalement eu droit à une dose de spleen.

Devenues incontournables, les photos de Khalil Nemmaoui sont là, dans le cadre de son projet Air Twelve Land où, mises en scène, des antiques R 12 affrontent la solitude dans un terrain dénué de présence humaine. Pourtant, comme le précise la critique d’art Salimata Diop dans le catalogue de l’exposition, c’est « la voiture devient sujet, l’artiste en peint le portrait, et c’est son histoire et le temps passé qui lui confèrent son immense valeur ». Comme un parfum de mélancolie lorsque, contemplant les différentes voitures, on en est à ressentir comme une forme de sympathie pour ces objets oubliés, d’un autre temps pas si lointain, et qui sont maintenant relégués au statut d’épaves vers lesquelles l’homme ne s’est finalement pas suffisamment attendri.

Autre scène, autre ressenti. Dans l’univers de Youness Atbane, ce sont des questions qui sont posées, à l’image du retour des œuvres africaines exposées en Europe vers leur continent d’origine. Une installation de légos est là pour pointer la problématique, d’actualité et actuellement débattue au sein des milieux d’art africains et européens. Dans une note de présentation, l’artiste le précise d’ailleurs sans grande ambiguïté : « J’ai voulu réaliser une installation composée de 54 figurines de Légo en céramique posée sur un plateau pour représenter la carte de l’Afrique, les statues orientés vers le sud semblent prêtes à amorcer leur retour vers leurs terres d’origine », explique-t-il. Intitulée Musée abandonné, l’installation profite de l’occasion pour mettre la lumière sur cette volonté de « rapatriement » des œuvres d’art des pays d’Afrique subsaharienne, longtemps remise en cause par les musées européens.

Autant d’artistes venus converser, du 21 février au 22 avril, dans les lieux restaurés du Comptoir des mines. Avec cette remarquable prouesse du maître des lieux, Hicham Daoudi, de réussir à chaque fois à faire revivre les locaux de l’exposition d’une manière différente. Pour cette fois-ci, il a été question de l’Afrique. Et pour le dire clairement, le traitement du sujet s’est avéré bien inédit.