Comptoir des mines galerie
Anis Hajjam / Tel Quel / 20 janvier 2020

Au Comptoir des Mines Galerie de Marrakech se tient, jusqu’au 7 février 2020, l’exposition “Ressala” de l’artiste natif de Guelmim. Un créateur multi, aux facettes étonnantes d’humilité. Une force de frappe moulée dans la retenue revendicative.

ne tête en l’air finit par se noyer dans le ciel. Arejdal le sait et cette “noyade” qui le persécute n’a pas d’emprise sur une tête maintenue hors des nuages. Il est l’aiguilleur de sa propre destinée. Béret vissé et barbe à la “What’s on a man’s mind”, il s’emmêle les méninges. Un tracas pour le public qui décide de le suivre avant de réaliser qu’il fait partie de l’œuvre. Voilà qui amuse l’artiste, adepte du non-dit. Car, au lieu de parler, il déstructure la parole. Avec foi et dextérité. Il ne vocifère pas, il murmure. Il ne s’exhibe pas, il suggère. Il est le muet le plus bavard de sa génération : plasticien, installateur, sculpteur, dessinateur, vidéaste, performeur, agitateur… Nous lui avons rendu visite pendant sa résidence au Comptoir et avons découvert une troublante machine à créer.

Berger des arts
Une bête de l’ouvrage, un créateur sans frontière aucune. Un boulimique à l’allure d’un fin gourmet: »J’ai différents thèmes à traiter. Je réfléchis sur le colonialisme, les objets, le nomadisme… Je n’ai pas une recherche prioritaire. Je fais tout en même temps, simultanément. Les personnes qui m’assistent dans mon processus de création me disent toujours qu’ils n’arrivent pas à me suivre. Je leur réponds que je suis comme le berger qui a plusieurs bêtes à gérer et qu’il ne peut pas les suivre séparément. En fait, tout est en mutation. J’aime beaucoup ce rythme ». Dit-il en tripotant une oeuvre en gestation. Pendant plusieurs mois, l’homme investit coins et recoins d’une bâtisse imposante établie sur plusieurs étages sans compter une dépendance à hauteur inhumaine: « Je ne fais pas dans le multiple ou le monumental pour attirer l’attention. C’est mon approche qui me pousse à investir de grands espaces pour m’exprimer et pouvoir caser tout ce que je réalise. Ce que je produis ici est un agrégat de ce que j’ai toujours rêvé de faire. Et puis, exploiter cet endroit comme un atelier, ce n’était pas une chose aisée. » Mohamed Arejdal n’a que trente six printemps et s’amuse à habiller pour plusieurs hivers d’autres générations: »j’ai pris officiellement la responsabilité de devenir un artiste en 2012 suite à un manifeste que j’ai partagé sous forme de performance à Jamaâ El Fna, ‘Mohamed artiste’. J’étais conscient de cette responsabilité. Je l’ai exprimée ainsi parce que la plupart des artistes que je croisais avaient des postures de stars. Je le redis, être artiste est une responsabilité, une lourde responsabilité. Car je suis convaincu que l’art peut transformer une société. Une transformation que les politiques ne peuvent pas incarner. Les problèmes qui rythment le quotidien des gens à travers le monde sont compris et interprétés sereinement par l’artiste. « La production de Mohamed Arejdal est une sorte de buffet où l’on se sert à volonté. Il y est question d’un choc générationnel, d’un pressant regard dans le rétroviseur, d’une inévitable projection vers l’avenir. On a l’impression, à son âge défendant, qu’il n’a pas beaucoup de temps pour manifester ses heurs et malheurs face à l’absurdité d’un système qui impose les émotions.