Comptoir des mines galerie
Nadia Ouiddar / Le Matin / 26 December 2019

Née d’une promesse d’engagement total passée en 2017 entre l’artiste et Hicham Daoudi, le fondateur du Comptoir des mines, cette exposition majeure dotée d’une dimension muséale découle d’une volonté de défendre une vision alternative de l’art au Maroc et de proposer une autre lecture de la notion de «Grand Sud».

Le Comptoir des mines Galerie à Marrakech accueille à partir du 28 décembre l’exposition «Ressala» de Mohamed Arejdal. Cette exposition, qui se poursuivra jusqu’au 5 février 2020, découle d’une volonté de défendre une vision alternative de l’art au Maroc et de proposer une autre lecture de la notion de «Grand Sud». Mohamed Arejdal est un personnage fascinant dont les obstacles de la vie n’ont jamais altéré la détermination. De l’obtention de son diplôme de l’Institut national des beaux-arts de Tétouan en 2008, jusqu’à la reconnaissance acquise durant la Bienalsur à Buenos Aires en 2019. Les œuvres de Mohamed Arejdal jettent la lumière sur quelques-unes des étapes les plus marquantes de sa vie, notamment sa traversée clandestine et son arrestation en Espagne qui ont marqué un tournant dans son existence. Cette prise de risque pour vivre intensément sa «mission» artistique ne l’a plus quitté depuis, comme en attestent ses nombreux voyages en Afrique de l’Ouest et au Sahel. À pied, à dos de chameau ou en autocar, Mohamed s’est souvent mêlé aux populations et caravanes nomades sans connaître à l’avance sa destination finale. Roues motrices de son imaginaire, ce sont avant tout les voyages, les rencontres et le dialogue qui comptent à ses yeux comme autant d’empreintes de ces moments qu’il finit par matérialiser en œuvre d’art.
Née d’une promesse d’engagement total passée en 2017 entre l’artiste et Hicham Daoudi, le fondateur du Comptoir des mines, cette exposition majeure dotée d’une dimension muséale découle d’une volonté de défendre une vision alternative de l’art au Maroc et de proposer une autre lecture de la notion de «Grand Sud». Ne se limitant plus à un territoire spatial ou à une géographie du tiers-monde, le «Grand Sud» mis en avant par l’artiste trouverait davantage son sens dans un agrégat de coutumes, de pratiques humaines et de cultures devenues «minoritaires» qui se démarquent d’une «définition occidentale». Les œuvres qui jalonnent les grandes phases du parcours de l’exposition sont d’ailleurs toutes empreintes des traces du vivant, du sacré ou des coutumes ancestrales, de même qu’elles représentent des fragments de «ce grand sud» imaginaire mis en péril par le rythme d’une modernité imposée.
«Le titre de l’exposition “Ressala”, que l’on pourrait traduire par l’idée de “lettre” ou de “message” pour les publics non arabophones, renvoie à la sémantique même du sacré en Islam. Si Mohamed Arejdal ne se prétend ni un être céleste ni un Messie, il revendique en revanche farouchement sa légitimité à témoigner d’un monde en mutation dont il se sait fin observateur. S’il endosse aujourd’hui le rôle de “messager”, c’est qu’il a conscience de porter en lui une vérité que l’urgence du moment le force à transmettre à travers son langage visuel», souligne un communiqué du Comptoir des mines Galerie.
Mohamed Arejdal aime rappeler sans cesse la disparition des particularités et des exceptions culturelles qui façonnaient les mosaïques humaines au Maroc, mais aussi en Afrique de l’Ouest, et bien au-delà encore. Le rapport à la modernité, le colonialisme, les signes du sacré, les liens sociaux, les distances qui séparent les cultures, les frontières et le nomadisme, ainsi que le travestissement de la culture au service du commerce sont les préoccupations ardentes de Mohamed Arejdal. «C’est notre responsabilité commune d’en parler et d’interroger à notre tour les gens», affirme-t-il au détour de ses conversations avec ses nombreux interlocuteurs.